L'Outaouais remporte le Grand slam de poésie!

Patrick Voyer patrick.voyer@tc.tc
Publié le 20 septembre 2011

La région est devenue lundi soir la reine du slam au Québec, battant Montréal sur son propre terrain.

Le 5e Grand slam de poésie du Québec a ainsi permis à l'Outaouais de triompher une première fois. La délégation composée de D-Track, Guy Perreault (médaille d'or en solo, il représentera le Québec à Paris à la Coupe du monde), Annie St-Jean et Cassandre Careau, a terminé à 218.4 points, 5.3 points devant Québec et 5.5 devant Montréal.

«Ce n'est pas une légère avance, c'est confortable!, assure Annie St-Jean, nouvelle slammestre de l'Outaouais. C'était toujours Montréal qui gagnait la première place et nous, on finissait 2e ou 3e. Cette année, ç'a été un grand revirement de situation: on a gagné et Québec a fini 2e pour la première fois.» Annie estime que Rimouski, qui en était à sa première participation, a bien fait.

Ceci expliquant cela, le quatuor outaouais a slamé de tout son cœur, dimanche et lundi, pour l'ancien slammestre et fondateur de SlamOutaouais, Pierre Cadieu. «Guy Perreault et D-Track ont reçu les deux notes les plus élevées, lance Annie. Je pense qu'on a été motivé à gagner par la retraite de Pierre. On était plus émotionnels que d'habitude, même si c'est un jeu!»

Annie avoue que remplacer Pierre Cadieu, n'est pas une mince tâche. «Ce sont de gros souliers à remplir, surtout que je suis la première femme slammestre! J'ai participé à ma première rencontre des maîtres…», raconte-t-elle.

La Ligue québécoise de slam organise ces réunions de slammestres pour discuter des orientations à prendre afin d'améliorer les joutes et uniformiser les règles. «On revoit les règles s'il y a lieu, explique Annie, car les règlements sont différents d'une région à l'autre. On s'est entendu pour avoir des pratiques uniformes pour nous permettre de compétitionner ailleurs, aux États-Unis ou en Europe», précise Annie, en ajoutant qu'une foule de projets pour SlamOutaouais dansent dans sa tête.

La slammestre indique que ses collègues D-Track et Cassandre Careau ont très bien performé, même si Guy Perreault a ultimement volé la vedette. L'expérience de D-Track l'a bien servi alors que Cassandre Careau a impressionné à sa première finale. Elle a trouvé ça difficile lors de la soirée de dimanche par contre, explique Annie, car les règles du Grand slam sont plus strictes côté gestuelle!

Une vague de sympathie

Guy Perreault a utilisé ses armes de prédilection pour charmer le public. Il n'a pas encore eu le temps de penser à son autre visite à Paris, car il a encore de la difficulté à croire ce qui arrive! «C'est incroyable, je retourne à Paris sur les ailes de la poésie. J'y suis déjà allé sur les ailes du théâtre et de la chanson... Je voyage de plus en plus à l'aise avec des mots dans mes poches...»

Guy a sorti un de ses meilleurs slams lors de la soirée de dimanche, celui sur son histoire d'amour avec des termes de syntaxe. «C'est celui-là qui m'a valu une vague de sympathie je pense. J'ai surfé là-dessus jusqu'à la finale», dit-il.

Il a aussi slamé sur la défense de la langue française, avec son humour habituel. «Des sujets engagés présentés sans morale; j'ouvre les yeux des gens en les faisant rire, ma recette habituelle quoi!»

Une consécration

Pierre Cadieu n'a pu se rendre à Montréal pour applaudir les slameurs, comme quelques supporters de l'Outaouais, mais il a suivi leurs exploits pas à pas.

«On a fait tout pour que ça arrive et c'est arrivé! C'est incroyable ce qui arrive, c'est immense ce que ça apporte pour la région», dit-il.

Pour lui, c'est non seulement un aboutissement, mais un triomphe d'équipe. «Le slam est vraiment un effort collectif. Les médias font des vedettes, mais dans le fond, c'est une victoire d'équipe.»

Pierre Cadieu rappelle que même le fondateur du slam, l'Américain Marc Kelly Smith, préfère ne pas identifier de slameurs en particulier, au détriment de l'effort collectif. Marc Kelly Smith a d'ailleurs donné une conférence inspirante lors de ce 5e Grand slam, durant laquelle il a réitéré l'importance de briser les barrières.

Pierre Cadieu a fondé SlamOutaouais en 2007, une scène intergénérationnelle et interculturelle où, avec les mots et la voix, quelques centaines d'auteurs de la relève et professionnels de la région développent et diffusent leurs œuvres à des milliers de nouveaux spectateurs de la poésie. Elle permet aux auteurs, poètes, conteurs, chansonniers, comédiens, rappeurs ou tout simplement slameurs de tous les âges et de tous les horizons, d’avoir un accès privilégié au réseau national et international du Poetry Slam. Constitué sous forme d’un collectif d’artistes sans but lucratif, SlamOutaouais est dirigé par un comité organisateur de cinq personnes-ressources (Sophie Dassy, Annie St-Jean, Anaïs Elboujdaini, Diane Bouchard, LouNat et Pierre Cadieu) responsables tout au long d’une année du programme d’activités.

Sa mission socioculturelle consiste à promouvoir auprès du grand public la création littéraire, l’expression poétique, la langue française québécoise et les artistes de la parole d’ici.