«C’est insidieux que les conservateurs ouvrent le débat»

Julien Paquette julien.paquette@tc.tc
Publié le 30 janvier 2013
Le retour du débat sur le droit à l'avortement ne plaît pas à AGIR.
Julien Paquette

Les plus récentes déclarations de la ministre fédérale de la Condition féminine, Rona Ambrose, sur la question du droit à la vie des fœtus sont critiquées par l’Assemblée des groupes de femmes d’interventions régionales (AGIR).

La ministre a affirmé plus tôt cette semaine que les Canadiens ne veulent plus questionner le droit à l’avortement disant qu’il s’agit d’un «vieux débat». Toutefois, elle avait appuyé en septembre une motion visant à établir le statut juridique du fœtus. «Plutôt contradictoire, n’est-ce pas?», lance l’agente de communication d’AGIR, Amélie Mathieu.

Si le fœtus est reconnu comme étant un être humain à part entière, l’interruption de grossesse deviendrait illégal puisque cet acte serait considéré comme un meurtre. AGIR estime que l’avortement est un droit acquis depuis le jugement de la Cour suprême sur la question en janvier 1988, explique Mme Mathieu.

«C’est insidieux que les conservateurs ouvrent le débat et qu’ils essaient de donner un statut juridique au fœtus. C’est un retour aux années 60. En 1966, la principale cause d’hospitalisation chez les femmes était les tentatives d’avortement non supervisées.»

Une question de santé

Amélie Mathieu affirme que les interruptions de grossesse ont toujours eu lieu et continueront d’exister même si la loi l’empêche. Elle cite en exemple l’Île-du-Prince-Édouard où l’avortement est, encore aujourd'hui, absent des centres médicaux. La situation amène certaines femmes à pousser des actes dangereux pour leur bien-être comme se rouer de coups ou ingérer des produits toxiques.

«Il s’agit tout simplement du contrôle du corps des dames. Toutes la population féminine doit donner naissance à un enfant uniquement si elle en a envie. Il faut qu’elle puisse prendre une décision par elle-même.»

Certains militants pro-vie ou anti-choix, c’est selon, affirment que certaines personnes abusent de l’accessibilité à des interventions médicales permettant de mettre fin à une gestation. Mme Mathieu considère toutefois qu’il s’agit d’un faux débat.

«Il y en a toujours qui s'en servent trop, rien n’est parfait, mais c’est une minorité. Le nombre de femmes qui en ont réellement besoin ne se compare pas à celles qui vont trop loin. L’avortement, c’est loin d’être le premier choix en contraception.»