François Roy joue les Gandhi et se prive de bouffe

Maryse Gaudreault n'organisera pas de rencontre avec le ministre Lessard

Patrick Voyer patrick.voyer@tc.tc
Publié le 17 août 2011

Le coordonnateur de Logemen'occupe, François Roy, entame son troisième jeûne de sa longue carrière de militant acharné contre la pauvreté. Sa mission: qu'une rencontre avec le ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard, ait lieu rapido presto.

Son premier jeûne de plusieurs semaines, il l'a fait en 2003 à Québec pendant deux semaines. Pour son second, à Gatineau, il s'est privé de nourriture pendant trois jours il y a quelques années pour les Œuvres Isidore-Ostiguy et Mon Chez Nous. Il sait qu'il peut passer 100 jours sans manger, mais qu'il doit bien s'hydrater car un humain ne peut survivre sans boire pendant cinq jours.

Or, il n'a pas l'intention de se rendre à l'extrême limite ou de jeûner dans des conditions horribles pour manifester contre l'inactivité du gouvernement Charest face à la pauvreté. Il loge dans une suite climatisée du Motel du Chevalier, sur le boulevard Gréber, et laisse la porte ouverture à tous ceux et celles intéressées à l'accompagner. Il invite surtout le ministre Lessard et sa collègue députée de Hull, Maryse Gaudreault, avec qui il compte échanger très bientôt.

Écoutez-le parler de son jeûne en riant ici...

Pas de rencontre

François Roy et Maryse Gaudreault ont discuté mardi et la députée n'a pas jugé pertinent, pour l'instant, d'organiser une rencontre avec son collègue le ministre Lessard.

«C'est moi qui a été élue par la population pour défendre ses dossiers à Québec!, rappelle Maryse Gaudreault. Ma porte est toujours ouverte. Je ne sais pas ce que je peux faire de plus. Et je ne pense pas que la visite du ministre Lessard va changer quoi que ce soit dans la situation des gens pour qui il continue de se battre.»

Elle est prête à mettre des énergies notamment auprès de l'Agence, afin de mettre en place un comité de crise et élargir le mandat de la Commission régionale intersectorielle contre la lutte à la pauvreté. Mais elle précise que la pauvreté ne sera pas enrayée demain matin par un coup de baguette magique.

Elle pensait qu'elle et François Roy étaient sur la même longueur d'ondes, aussi déplore-t-elle ce geste radical de sa part, cet autre "coup d'éclat dans les médias". «Je ne pense pas que ce soit par une grève de la faim que le problème va se régler. M. Roy met peut-être sa santé en danger en faisant ça, mais on est tous libres de faire nos propres choix.»

La députée de Hull estime que François Roy baisse les bras en optant pour cette solution. «J'ai de la compassion pour lui et je sais qu'il est dévoué. Et je sais qu'il touche des gens à chacune de ses sorties, mais il y a d'autres façons de se faire entendre.»

Plus ça change…

François Roy ne comprend pas qu'en 2011, les organismes d'aide doivent encore quémander de l'argent pour que des familles dans le besoin ne soient jetées à la rue. Surtout en cette période de l'année où l'école recommence et où les ménages doivent donner une adresse fixe pour assurer une scolarité à leur progéniture.

Il dénonce les "choix honteux" effectués par le gouvernement, dont la protection des intérêts des riches et des subventions accordées à des multinationales milliardaires, tandis que des humains crèvent de faim dans une ville supposément bien nantie comme Gatineau.

«On est encore la seule région à vivre à l'année avec des familles sans logis. Et malgré nos nombreux cris d'appel, il n'y a toujours rien qui se passe.»

«Même si on déclare avoir une certaine sensibilité, dit-il, je crois que les intérêts ne sont pas pour les plus démunis. Malheureusement, on a plus d'intérêt pour les gens plus aisés. On le voit aux États-Unis et ici, où on accorde des allègements au niveau des impôts pour les plus riches. Ce qu'on voit, c'est qu'on s'attaque aux pauvres plutôt qu'à la pauvreté.»

«Pour ceux qui ont pu voir le documentaire Les naufragés des villes, je pense que c'est assez parlant. Les gens ne font pas exprès de se mettre dans la pauvreté et la misère. On entend même que du monde croit que des gens font exprès de se mettre dans la rue pour "bypasser" la liste d'attente de l'Office municipal d'habitation. Voyons dont! Demandez donc aux gens s'ils font exprès de se mettre à la rue… avec des enfants!, lance-t-il. Il faut être insensé pour faire des déclarations de même!»

Du travail

Maryse Gaudreault indique qu'elle et son collègue Marc Carrière travaillent présentement sur plusieurs dossiers concernant la pauvreté. La côte est abrupte et elle demande la confiance et la patience des organismes, même si elle comprend leur grogne.

«On a déjà mis beaucoup de mesures en place pour aider les gens en situation de pauvreté. Comme il y a beaucoup de facteurs qui font que des gens vont toujours se trouver en situation précaire», explique-t-elle.

La députée ajoute que le gouvernement ne peut pas tout contrôler non plus. Elle donne comme exemple les locataires de l'Office municipal d'habitation qui quittent leur logement sans payer. Eh bien, ces personnes sont pénalisées pendant cinq ans!

«Oui, c'est sévère, et c'est le genre de chose qu'on peut essayer de changer», estime-t-elle. Comme certaines mentalités de propriétaires, qui refusent de louer à une femme victime de violence conjugale ou à des familles sur l'aide sociale. Cependant, elle admet que dans un libre marché comme le nôtre, ces proprios ont pleinement le droit de dire non et ça, même le gouvernement n'y peut rien.