Encore des problèmes en logement social...

Patrick Voyer patrick.voyer@tc.tc
Publié le 2 octobre 2013

Les saisons se suivent et ne changent rien dans les dénonciations des organismes œuvrant auprès des personnes fragilisées de l'Outaouais.

François Roy de Logemen'occupe a présenté mercredi matin, avec l'organisatrice du Front populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) Marie-José Corriveau, les grandes lignes du rapport de la Commission populaire itinérante.

La commission s'est promenée aux quatre coins du Québec, de Kujuuak à Gatineau, pour donner une vue d'ensemble de la situation du logement social. Le titre du rapport résume bien le portrait: Urgence en la demeure.

Les commissaires indépendants ont noté ceci à propos de l'Outaouais: coût élevé, incapacité de payer d'une proportion importante de locataires (24%), mauvais qualité des logements, discrimination exercée lors de la recherche d'un logement et manque de logements adaptés pour les personnes handicapées.

«Le logement est encore perçu comme une façon de faire du profit et non considéré comme un droit», dénonce Marie-José Corriveau.

C'est pourquoi la commission recommande notamment que le salaire minimum soit rehaussé et que l'État se dote d'une politique globale d'habitation.

Comment créer plus de logements sociaux

Avec les gouvernements Harper et Marois qui sabrent dans les programmes sociaux, sur qui les organismes peuvent-ils compter pour que les logements sociaux poussent enfin à un niveau convenable?

Selon Marie-José Corriveau du FRAPRU, on ne peut penser que les propriétaires baisseront le prix des logements. Il serait préférable de hausser le salaire minimum. «L'État n'intervient pas de façon efficace en matière de fixation des loyers, alors ce qui pourrait être fait est la fixation des loyers par la Régie du logement. Présentement, seulement 0.5% des loyers le sont. Mais le reste le sont dans un rapport supposément équilibré entre les locataires et les propriétaires. Mais quand on est dans une situation de précarité financière, de vulnérabilité ou en pénurie de logements, le rapport de force n'est jamais en faveur des locataires. Alors je doute qu'on puisse obtenir un recul de la part des propriétaires.»

Mme Corriveau pense que la capacité de payer et le pouvoir d'achat des personnes vulnérables pourraient s'accroître en élevant le salaire minimum.

Mais comme le fait remarquer François Roy de Logemen'occupe, les promoteurs privés délaissent les logements abordables car ils ne feraient pas assez de profits. Ils se dirigeraient davantage vers les condos.

«Donc augmenter le cadre réglementaire aurait un impact encore plus néfaste sur le nombre de logements. Alors pour nous, l'alternative passe par le logement social», dit-il.

«Et le logement social, ce n'est pas que les municipalités, précise Mme Corriveau. Elles ont un rôle à jouer, mais le principal contributeur est le gouvernement du Québec. Ça devrait aussi être le gouvernement du Canada, qui n'arrête pas de se retirer pour fournir des subventions.»

Marie-José Corriveau estime que les orientations du gouvernement Marois ressemblent à celles des libéraux de Jean Charest; on réduit les impôts pour ne pas facturer les entreprises des secteurs ressources, ce qui a reporté le poids de la dette sur les contribuables et les ménages à faible revenu.

«Y'a d'autres choix stratégiques qui pourraient être faits, lance-t-elle. Par exemple, si on diminuait le plafond des REER auxquels tu peux contribuer par année et qui sont déductibles d'impôts, on irait chercher énormément d'argent. Le plafond est autour de 22 000$ présentement, mais qui peut se payer ça à part les riches? On laisse aussi filer de l'argent dans les paradis fiscaux sans trop vouloir voir ce qui se passe là. Il y a des choix qui ne sont pas faits et c'est pourquoi l'État ne peut prendre ses responsabilités sociales», conclut-elle.