Médicaments: une industrie psychotique!

Patrick Voyer patrick.voyer@tc.tc
Publié le 8 février 2013

L'auteur et docteur en socioéconomie Jean-Claude St-Onge égratigne encore le controversé monde des médicaments dans son dernier livre, Tous fous? – L'influence de l'industrie pharmaceutique sur la psychiatrie.

Après Les dérives de l'industrie de la santé et L'envers de la pilule, M. St-Onge pousse ses recherches encore plus loin. Pas étonnant que des hordes de médecins essaient de le discréditer quand il est invité pour des conférences dans des congrès. Pourtant, comme il l'indique à la blague, il s'informe dans des revues scientifiques et n'invente donc rien!

Jean-Claude St-Onge examine cette fois comment les médicaments ont pris le contrôle de la psychiatrie. «Les médicaments, ce ne sont pas des bonbons. Ils ont tous des effets indésirables, alors il faut être sûr qu'on en a besoin», prévient-il.

L'auteur a découvert qu'en 30 ans, les coûts reliés aux médicaments ont bondi de 6 à 20% dans le système de santé québécois, soit trois plus vite que les sommes dédiées aux médecins et hôpitaux. De plus, des "médicaments vedettes" ayant remplacé les génériques se vendent parfois 100 fois plus cher. «Par exemple, le Zyprexa, un neuroleptique très puissant, se vend 13,75$ chacun, alors que le générique coûtait 13 cents. En plus, il a été démontré que le Zyprexa n'est pas plus efficace et présente plus d'effets indésirables comme le diabète, la prise de poids ou des tics!», lance Jean-Claude St-Onge.

Ce médicament, comme tant d'autres, est utilisé par certaines personnes pour mieux dormir ou chasser des démons. La pensée magique par la pilule, alors qu'aucune étude ne prouve que ces capsules ont de meilleurs résultats que les psychothérapies.

«En 1988, deux ans après la venue des nouveaux antidépresseurs, 78% des gens qui en consommaient faisaient une rechute, contre 23% pour les gens qui suivaient une psychothérapie. Alors oui, il existe des alternatives aux médicaments...»

Le pire, c'est que plusieurs compagnies étaient au courant depuis de nombreuses années des effets secondaires et l'ont caché au public à grands coups d'études biaisées qu'elles ont elles-mêmes commanditées. M. St-Onge rappelle qu'un jugement les a forcées à payer des milliards en amendes fédérales aux États-Unis, «un infime pourcentage de leurs revenus», nuance-t-il.

Pour comprendre la source de cette richesse et de ces exactions de la part de l'industrie pharmaceutique, on doit remonter jusqu'aux puissants lobbys. Jean-Claude St-Onge fait remarquer qu'au Canada, le président du lobby Rx & D (Compagnies de recherche pharmaceutique du Canada), Russel Williams, était député libéral et adjoint parlementaire de l'ancien ministre de la Santé, Philippe Couillard.

«On peut prétendre que certains membres de l'industrie couchent avec des politiciens, comme aux États-Unis», tranche l'auteur.

La morale de l'histoire

«Oui, il y a de bons médicaments, comme l'insuline, certains antidouleurs qui sont très efficaces ou des antibiotiques, même s'ils sont prescrits de travers. Mais on surmédicalise», croit le professeur retraité.

Et les compagnies ne livrent pas de chiffres véridiques, en "oubliant" de publier les résultats négatifs des études. Tout cela pour le profit, martèle Jean-Claude St-Onge.

Et elles jouent à merveille les enchanteurs, en faisant croire aux patients que leur psychose peut se régler grâce à une granule. «Le seul avantage qu'ont les antidépresseurs sur le placébo est pour les dépressions majeures qui représentent 2% des cas, dit-il. Mais les antidépresseurs ne s'attaquent pas à la cause. Après 40 ans de recherches, il n'y a aucune preuve que la dépression est causée par une lacune de sérotonine.»

Jean-Claude St-Onge se réjouit de voir que des compagnies devront revoir les brevets de plusieurs médicaments, comme si elles avaient échoué au cours des 40 dernières années avec la sérotonine. «Ils vont essayer de s'attaquer à un autre neurotransmetteur : le glutamate (pas le monosodique).»

L'auteur attend de voir si ce revirement de situation est lié à une poursuite de la course aux profits ou à une réelle volonté de guérir les patients.