Les organismes de l’Outaouais mettent la pression sur le gouvernement


Publié le 7 février 2017

Yves Séguin et Érik Bisson.

COMMUNAUTAIRE. Les organismes d’action communautaire autonome (ACA) de l’Outaouais se sont réunis au Palais de justice de Gatineau, mardi midi, afin de rappeler au ministre des finances Carlos Leitão que «nos vies, c’est pas un jeu», en vue du budget provincial 2017-2018.

Partout au Québec, c’est avec le thème du jeu de Monopoly que le mouvement d’action communautaire autonome a choisi d’illustrer l’impact de l’austérité sur la population lors d’une journée d’action nationale, mardi. Loin d’être une partie de plaisir, la mobilisation s’inscrivait dans la campagne Engagez-vous dans le communautaire visant une majoration du financement des organismes communautaires autonomes du Québec de 475 millions $.

«On est déjà en mode survie. Il faut savoir comment on peut continuer à accompagner les gens avec le peu qu’on a. Les gens ont la philosophie que le communautaire est habitué à faire beaucoup avec peu, mais là l’élastique va péter», estime Érik Bisson, président de la Table régionale des organismes communautaires autonomes de l’Outaouais (TROCAO). 

«On n’est pas des œuvres de charité, on est des professionnels de première ligne.»

Mis à part le financement, la campagne réclame le respect de la Politique de reconnaissance de l’action communautaire, la reconnaissance de l’action communautaire autonome comme moteur de progrès social et la fin des compressions dans les services publics et les programmes sociaux.

Citant les compressions, le directeur général du Centre d'intervention et de prévention en toxicomanie dans la région de l'Outaouais (CIPTO), Yves Séguin, mentionne que son équipe mobile en itinérance passe actuellement 80 % de son temps à répondre à des appels de gens qui ont tout simplement faim.

«On est rendu là. On n’est pas ici pour nos emplois ou nos salaires, on est ici en solidarité avec le mouvement communautaire. Il faut le financer, mais il faut aussi financer les services publics, que ce soit dans les écoles, auprès des personnes âgées qui veulent rester à domicile, des itinérants, etc. il faut que le gouvernement investisse parce qu’il a coupé et ce sont les organismes communautaires qui sont au front. Les personnes qui ont besoin viennent cogner à nos portes avec de grands besoins.»

Attendre

Lors de la plus récente mobilisation du 7,8 et 9 novembre dernier, l’ensemble des partis politiques présents à l’Assemblée nationale avait unanimement adopté une motion demandant au gouvernent du Québec de rehausser le financement des organismes communautaires autonomes. Depuis, c’est l’attente.

«L’écoute, elle est là de la part de nos élus, mais c’est pour l’étape plus loin qu’on n’est pas encore certain. Ici, il y a eu des prévisions budgétaires pour évaluer les besoins, sauf qu’on ne peut juste pas rester là à attendre. Il faut que l'on continue à envoyer notre message pour qu’il ne soit pas juste entendu, mais qu’il y ait des actions concrètes», croit Érik Bisson.  

Selon lui, l’Outaouais seul aurait besoin d’un 30 millions $ supplémentaire, notamment pour une vingtaine d’organismes ne recevant pas de financement pour l’instant. Le montant pourrait également servir à travailler sur l’enjeu de l’accessibilité aux services communautaires, un aspect très complexe dans la région.

«La distance, elle est là. Il y a des gens qui ne peuvent pas nécessairement venir en ville. Est-ce qu’on pourrait avoir accès à du transport médical ? Est-ce que le support psychosocial est considéré comme médical ou pas? Ce sont ces questions-là qu’il faut se poser. Que les gens soient à Fort-Coulonge ou à Maniwaki, eux aussi ont droit à des services.»