Je suis venue avec la ferme intention de faire de Gatineau et ses environs mon nouveau repère, mon quartier général, mon home sweet home ! Il faut lire entre les lignes : Gatineau ouvre-moi grands tes bras, je veux te connaître !
« Elle veut beaucoup de choses la demoiselle, elle ne commencerait pas par se présenter d'abord ! »
Je viens tout droit de Belgique, de Bruxelles pour être précise, la capitale de l'Europe. J'aime rappeler aux gens que Bruxelles est l'épicentre de bon nombre d'activités européennes, ben oui faut être fier de ça !
Vous remarquerez que j'ai dit Bruxelles, donc Belgique ! Je le signale en passant car depuis mon arrivée j'ai eu droit à beaucoup de :
« - Sois la bienvenue chez nous ! D'où viens-tu ?
- De Belgique.
- Ah c'est un beau pays la France ! La Tour Eiffel, le Louvre, la bonne gastronomie, le vin, le fromage, ...
- Oui, mais moi je viens de Belgique. C'est juste à côté et chez nous notre réputation est faite autour de la bière, le Manneken-Pis, les frites, les gaufres, le bon chocolat... »
Je sais que l'on est un tout petit pays mais tout de même, de là à nous assimiler systématiquement aux Français, diantre ! Attention, je tiens à crier haut et fort que je n'ai rien contre eux, bien au contraire ! Certes, ils ont un tas de blagues sur les Belges qu'ils n'hésitent pas à nous jeter en pleine figure à tout bout de champ, et nous n'hésitons pas à notre tour à les traiter de chauvins dès que l'occasion se présente, mais nous sommes voisins après tout et comme tous les rapports de voisinage, nos relations sont finalement un mélange de courtoisie et de politesse.
Ceci dit un Belge n'est tout bonnement pas un Français, il faut le signaler ! Est-ce qu'un Québécois est un Américain pour vous autres ? J'aborde peut-être là un sujet sensible... Une chose est sûre, les gens d'ici ont l'air tellement impliqués et à l'écoute lorsque l'on discute avec eux, que l'on passe volontiers outre ce genre d'erreurs.
Lors de mes nombreuses rencontres depuis mon arrivée à Gatineau, j'ai également eu droit à quelques remarques du type « Ah la Belgique ! Avez-vous un gouvernement finalement ? » Au risque de vous surprendre, je m'attendais à ce type de réflexions ! Oui, nous ne sommes qu'un infime point sur la mappemonde et oui, nous devons faire face à quelques soucis de gestion gouvernementale, territoriale, budgétaire, linguistique, appelez cela comme vous voudrez, et c'est peu dire ! Mais est-ce vraiment tout ce que les gens retiennent de notre beau royaume ? Sommes-nous condamnés à traîner jusqu'à la fin des temps ce titre du pays qui sera le plus longtemps resté sans gouvernement ?
Oui, nous n'avons pas de gouvernement ! Mais nous avons beaucoup d'humour et d'autodérision et savons prendre notre mal en patience... Ah la patience, une sacrée vertu ! Un jour viendra où notre navire aura son capitaine ! Un jour...
Tout cela pour dire que souvent, nous nous faisons une idée de la façon de vivre des autres, de leurs us et coutumes, de ce qu'est la vie ailleurs en somme.
De nos jours, véhiculer des préjugés est monnaie courante, parfois, voire souvent, nous le faisons indépendamment de notre volonté. J'ai moi-même toujours veillé à ne pas tomber dans le jeu facile des idées toutes faites, mais après d'âpres et rudes tergiversations dans mon for intérieur, je me dois de constater que pour le coup, je peux m'auto-décerner la palme d'or des clichés niaiseux comme vous dites si bien ici.
Je suis venue au Québec, avec l'idée que le sirop d'érable se dégustait à toutes les sauces, que les Québécois sacraient pour un rien (j'en profite pour saluer mes collègues), que je risquais de croiser un caribou à chaque coin de rue, et que je me devais de remplir ma valise de quelques chemises à carreaux à la « mode bucheron » pour me fondre dans la masse. Traîneaux à chiens, hivers extrêmement froids, forêts, grands lacs et hockey sont bien sûr également à rajouter à la liste des nombreux clichés associés au Québec.
Cerise sur le gâteau, tous les Québécois sont aussi enthousiastes que Céline Dion quand ils parlent !
J'extrapole quelque peu là, mais à deux ou trois choses près, tout cela fait partie de la liste, la fameuse liste des clichés. Rappelez-vous, plus haut je parlais de la France, de la Belgique, et là du Québec. Rien ni personne n'y échappe quand on y pense !
Impossible de sortir des sentiers battus, nous sommes entourés, que dis-je envahis par les clichés ! Autant s'y résigner ! Les Italiens sont des dragueurs, les Japonais prennent des photos de tout et n'importe quoi, les Américains sont impolis, les Français ne sortent jamais sans leur baguette de pain et leur béret, les Belges aiment manger des frites et les Québécois sont très très très chaleureux !
Rien n'est plus faux que les idées reçues ? Hum... il ne faut pas se voiler la face, tous ces stéréotypes ne sont pas tombés du ciel, bien sûr qu'il y a de l'exagération, comme pour tout d'ailleurs, mais souvent notre héritage culturel véhicule au gré de ses envies une horde d'images, de stéréotypes, de clichés.
Les idées toutes faites ne sont dès lors plus l'apanage des minorités, tout le monde s'y met et en masse, car sinon c'est moins drôle ! Alors une question me taraude l'esprit : pouvons-nous réellement vaincre ces clichés ou sommes-nous indubitablement condamnés à vivre avec ? Pire, à en créer des nouveaux chaque heure, chaque minute, chaque seconde qui passe ?
Je pense que souvent notre réputation nous précède, qu'elle soit bonne ou mauvaise n'y change rien, avant de nous connaître, avant de nous côtoyer, les gens ont des attentes. Et à vrai dire, qu'on les remplisse ou pas importe peu, seule une conversation, autour d'une bonne bière belge, d'une poutine, ou d'une crêpe à l'érable, pourquoi pas les trois d'ailleurs (on est gourmand ou on ne l'est pas !) fait que débat il y aura, et que les clichés dont on parle depuis tout à l'heure seront confirmés ou proscrits à jamais ! L'espoir fait vivre comme on dit chez nous !
Un de mes collègues s'exclame souvent d'un « Oh une Belge ! » lorsqu'il fait son entrée dans la rédaction, il a probablement besoin d'un peu de temps pour se faire à ma présence, comme moi pour m'accoutumer à l'accent et aux divergences de vocabulaire.
Je souhaite partager avec vous ma culture belge, mon expérience québécoise et mon regard quant à l'éventuel croisement des deux tout au long de mon séjour ici.
