Pas de Charbonniers de l'Enfer cette fois, Gilles Vigneault convie les gens à un tête à tête, accompagné par Daniel Thouin, le réalisateur de son dernier album de duos, Retrouvailles 2. Ça ne swinguera pas nécessairement dans le prélart, mais… «Les gens vont voir un auteur-compositeur pas renouvelé, mais avec une nouvelle attitude et un nouvel accompagnateur. Nous serons plus près du public, il pourra nous regarder dans les yeux et nous écouter… si on prononce bien les mots!», lance-t-il en riant.
«Le public va me reconnaître, je n'ai pas bouleversé mon répertoire, il va reconnaître des chansons qu'il a déjà applaudies. Dans ce spectacle-là, y'a un certain nombre de chansons qui datent de 50, 40 ou 20 ans, d'autres de deux ans et d'autres écrites cette année. Mais forcément, avec 300-400 chansons dans lesquelles choisir, y'en a quelques-unes qui tombent à côté de la table… On en garde 25-27…»
Quant à son style… «Je n'ai pas changé. Je suis toujours démodé, dans le sens en dehors des modes, car c'est trop provisoire et fugace! J'ai commencé comme ça et je le suis resté», confie-t-il.
Ce qui demeure aussi est son obsession pour le temps, que ce soit à Natasquan ou dans le Grand Nord. «Le temps ne regrette pas ce qu'on a fait sans lui. Le temps nous rattrape toujours même si on croit y échapper», souligne-t-il avec sagesse. Mais attention de ne pas le qualifier de sage, car il laisse ça aux fous… «La sagesse est un manteau que les fous s'empressent d'endosser quand il fait froid…»
Mais s'il devait vraiment faire preuve de sagesse, comme dans plusieurs de ses chansons, il s'adresserait aux "accrocs des machines". Car oui, jaser d'un spectacle avec Gilles Vigneault, c'est parler de tout sauf de ça… On jase plutôt de la vie. «Je leur enseignerais la lenteur et le temps qu'on prend pour faire les choses. Je leur dirais de prendre le temps qu'on a et de ne pas se le faire gaspiller par les machines. Je ne suis pas contre les machines, j'ai un Ipad et le téléphone, mais j'apprends en jouant au Scrabble sur Ipad qu'on peut passer énormément de temps sur des machines. Et ce temps de reviendra pas.»
«Bon, le divertissement c'est bien, poursuit-il, mais quand j'écoutais des divertimentos dans des œuvres de Mozart, c'était seulement une portion du concert, une pièce que tu écoutais pour être capable d'absorber davantage par la suite. Alors que les machines nous donnent parfois l'impression de passer du temps de qualité. On s'en sert toute la journée comme si c'était efficace à quelqu'un. Mais c'est pas vrai. Ce sont les machines qui continuent de prendre de la place et de triompher! On devrait plutôt aller voir ce qui se passe dehors, voir les feuilles des arbres tomber, au lieu de passer du temps mécaniquement!»
Les jeunes
Gilles Vigneault a constamment des jeunes à ses spectacles et il en est très fier. «Il y en a à tous les soirs. Certains me disent que leur grand-mère leur a parlé de moi, d'autres sont là parce que leurs parents ont fait jouer mes contes, comme Les trésors de mon jardin ou Un dimanche à Kyoto. Ils me disent qu'ils voulaient savoir ce que je faisais de plus…»
Si ces jeunes le passionnent, il refuse de dire que la relève leur appartient, car ils se privent en majorité de leur passé. «Je crois que c'est une politesse de leur montrer et c'est ce que j'ai l'intention de faire en partageant mon sac de mots et de sentiments accumulés au fil des ans», avoue-t-il.
Il les intime à garder la tête froide et à mordre dans la vie en se concentrant sur les "vraies affaires". «Les flashs des photographes dans un grand événement ne font pas un bon éclairage et ça ne dure pas…»
Billets: www.maisondelaculture.ca ou 819 243-2525.
